Littératures lues sur le net

lectrice3
La lecture rend belle

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Nouvelle rubrique sur ce blog. J’ai décidé de lire un peu plus ce qu’écrivent les autres et peut-être de mourir moins bête. 
Voici les premiers morcifs de cette grande aventure littéraire. 

Si vous voulez votre propre critique par Martin Vern, contactez-moi via FB !


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C’est la troisième critique que j’écris de ma vie et elle va encore être dithyrambique. Je sens que je vais me faire appeler molasse, faux-lecteur ou trop bon copain. Mais non, je suis pas molasse en général. Plutôt sévère, plutôt pète-sec, lisez sur ce même blog ce que j’écris de mon pote Régis. Je suis pas non plus faux-lecteur, j’ai tout lu d’un bout à l’autre, en détails et tout, même les virgules. Quant au bon copain? Les personnes dont je commente les opus, je ne les connaissais pas avant de les lire. Bref, j’ai dû avoir de la chance, parce que je suis tombé sur des trucs qui m’ont plu.


Petit patron, un piège à cons?

Marie Thomas-Ouac

Page Facebook du livre

«Petit patron, un piège à cons?» est un bouquin d’un peu plus de 120 pages, édité par son auteuse, et auquel selon moi le titre ne rend pas honneur (j’en parlerai plus loin après avoir dit tout le bien que je pense de l’ouvrage).

En lisant les premières pages en découvrant cet humour décapant, ces jeux de mots, et l’ambition de l’autrice à écrire comme elle parle, j’ai cru que j’allais lire un bouquin d’humour. Mais au fil des pages, c’est un drame qui s’est déroulé, un drame authentique, affreusement réel, autobiographique; un drame rageant, terrible, que Marie nous décrit pour son compte et que des millions, oui, des millions de personnes vivent au quotidien. Ce drame, c’est celui l’absurdité ubuesque de notre système politico-social. Celui d’un monde du travail désagrégé, dépecé, réduit en miettes par l’incapacité de nos gouvernants à maintenir ou recréer une mécanique économique viable. Un monde du travail labyrinthique, kafkaïen, orwellien, où des hommes et des femmes errent dans le maquis des charges qu’on impose au travail. Ceux qui cherchent à créer de la richesse, ceux qui vivent du travail de leurs mains, tous perdus dans les méandres de ces luttes qui souvent ne sont pas les leurs, dans un chômage aux proportions délirantes, dans un rapport à l’autre désormais dénué de toute compassion, dans une bataille sans fin.

Ces batailles insupportables, Marie les décrit toujours avec un sourire en coin, des plaisanteries de dîner de famille qui n’en sont pas, et des ellipses très habiles sur la succession de ses tentatives, ses déboires avec l’administration, ses quelques zones de bonheur au final. Marie nous dit qu’elle ne sait pas écrire, mais elle ment. Elle écrit, elle décrit très bien, avec une lucidité glaçante, ce qui motive son livre. Malheureusement, c’est la seule chose sur laquelle elle ment. Car cette situation je la connais, je l’ai connue quand je suis rentré en France il y a quelques années avec l’intention de monter moi aussi ma petite entreprise. Je la connais aussi par mon propre frère, qui m’a raconté mille fois comment telle nouvelle loi, tel nouvel arrangement entre caisse machin et syndicat truc, censé lui donner plus de latitude et l’aider dans son travail, au contraire l’enfonce chaque année un peu plus. Moi, j’ai eu beaucoup de chance. Au lieu de couler comme tout un chacun, j’ai pu fermer ma petite école merdique et retourner dans mon pays d’exil, le Japon. Japon dont je n’aurais de cesse de chanter les défauts et les horreurs, mais dont je peux dire aussi que si j’ai besoin de faire travailler quelqu’un ponctuellement (un jeune, un comptable, un coursier…) les papiers administratifs sont réglés dans la minute et les taxes dérisoires. C’est peut-être socialement contestable, mais ça fait marcher l’économie, et ça nous met un taux de chômage réel autour de 4%. On en pensera ce qu’on veut.

Au fur et à mesure du livre, ce drame va crescendo. Au début, une page de mots croisés absolument effarante faite uniquement de noms de taxes. Puis ces taxes, on les voit venir, grogner, ronger, avaler non seulement l’entreprise mais aussi la vie de ceux qui ont choisi de la créer. Puis viennent les prudhommes, les faillites.

Un paquet d’expressions m’ont fait marrer même en plein mélo. Par exemple: «Mes parents sont partis en voyage dans l’éternité et je sais pas quand ils rentrent.» «L’inspection du travail demande à propos des échafaudages: avez-vous mis en place tous les moyens nécessaires pour éviter les chutes? Évidemment non. Notre plaisir à nous c’est de les voir tomber.» «Je serai chômeuse le 1er avril. C’est un poisson violent.» «Convocation à l’ASSEDIC. J’ai rendez-vous à 9h00. M. X est en immersion. Pouvez-vous revenir vers 14h00? Bien sûr, je n’ai que ça à faire, je suis chômeuse. Je repasserai quand il sera sec». Des comme ça… deux par page.

Je parle de drame et on me dira sans doute que j’exagère. Il n’y a pas mort d’homme, il n’y a même pas pauvreté réelle. Une paire de petits patrons revoit ses ambitions à la baisse, après tout bien fait pour leur gueule. Oui, sauf que le drame n’est pas seulement le destin de ces deux-là, attaqués par les employés qu’ils ont voulu aider, déboutés de leurs allocations après des années de cotisation, emmerdés en continu par autant d’organismes qu’il y a de ministères. Non. Le drame c’est ce qu’il advient, ce qu’il va advenir du système entier. Un système qui à force d’être social crée une société de huit millions de chômeurs (visibles ou dissimulés) soit, avec conjoints et enfants, un quart du pays malade du travail. Un système qui à force d’emmerder des gens comme Marie (ou comme mon frère, ou comme moi quand j’ai voulu monter mon école), ces gens qui justement peuvent créer de la richesse, se transforme lentement mais sûrement en cloaque, en marais de la débrouille, du travail au noir, de la délinquance, de l’exil vers le J’y-vais-si-je-peux-y-trouver-du-boulot. Bon… cette diatribe n’engage que moi, par l’autrice.

A mon goût, ce livre mériterait d’être dans les bacs de toutes les bonnes librairies. Mais pour finir avec ça, laissez-moi donner mon avis sur ce qui pourrait être radicalement amélioré dans ce «Petit patron, un piège à cons?”

D’abord, son titre. À mon avis, celui-ci dessert le bouquin. Pour une chose il n’est pas clair du tout. J’ai même cru qu’on allait nous parler des arnaques que nous font, parfois, les petites entreprises. En effet, dans l’expression originelle, le fameux «Élections – pièges à cons», élection égale piège à cons. Ainsi, «Petit patron, un piège à cons » risque d’être compris comme l’affirmation selon laquelle les petits patrons sont des pièges à cons, et non, comme le voudrait notre autoresse, que vouloir devenir petit patron est un piège à con. Ça peut paraître tordu, mais j’insiste. C’est quand même dommage de dire le contraire de ce qu’on veut dire.

Ensuite, le pseudo. Marie Thomas-Ouac. Le jeu de mot n’est pas excessivement drôle et il est sans rapport avec le contenu. Au final, il donne l’impression que l’humour de l’auteuse va être lourdave, alors que ce n’est absolument pas le cas. Comme je l’ai écrit plus haut, le livre est un bijou d’humour badin, plein d’une autodérision remarquable quand on pense aux situations catastrophique décrite dans cette autobiographie.

Je suggère donc à terme une réédition sous un pseudo moins foireux et un titre plus littéraire. Je me suis cassé la tête sur le sujet. L’intrigue étant sociale et politique, je jouerai sur un titre en rapport: Martine Lagarde, Marie Mory-Ducros, Marine Aubry, quelque chose de subliminal dans le genre (bon, c’est juste une idée personnelle). Pour le titre, quelque chose qui évoque tout de suite la question des taxes et prélèvements, et qui donne envie de décrypter plus loin. Je pense par exemple à «1,6 € de l’heure» (le tarif horaire que Marie et son mari ont touché pendant 20 ans, considérant les périodes sans salaire et le fait qu’ils n’ont pas pris de vacances). Je pense aussi que les années pourraient être oubliées (par exemple en indiquant 10 juillet plutôt que 10 juillet 2007) de façon à ce que le livre puisse avoir une certaine pérennité. Ce n’est pas très important de savoir que ceci ou cela s’est passé en 2007 plutôt qu’en 2009. Eventuellement, il est possible de glisser au début du livre de petits rectificatifs indiquant, par exemple, qu’en février 2014, telle ou telle loi a été changée, tel décret est entré en vigueur. Ce qui est important en revanche c’est que le lecteur découvre les problèmes posés avec toute la puissance de leur contemporanéité. Oui messieurs-dames, c’est de nos jours et c’est en France que ça se passe.

Page Facebook du livre

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Fleurette africaine

par Stian Boyon

7 juillet 2014

http://fleuretteafricaine.blogspot.be/

Je viens de lire les 7 premiers chapitres du récit mystérieux sur fond de jazz que nous a concocté Stian Boyon. La plupart des pages m’ont litté/rale/raire/ment  ravies, d’autres un peu moins, mais l’œuvre est encore en cours et son auteur se dit perfectionniste. Ce qui est positif et qui se sent. Ce que je peux dire sans hésiter et que le machin se situe très au-dessus de ce que je lis habituellement sur le net, nonobstant l’amitié que j’ai pour toutes celles et ceux qui tentent de s’y faire une place.

Il y a dans ce Boyon beaucoup de ce que j’aime et dont j’essaie de faire ma propre écriture : des références à d’autres arts (ici, le jazz), une insistance sur les sensations du corps et sur les bouleversements de l’esprit, des écritures au féminin comme au masculin, un vocabulaire riche, choisi, insistant, ou encore des métaphores un peu surréalistes (« Je jouirai d’un rêve en acier trempé »). Il y a avec la répétition de mots proches une sorte de « pointillisme littéraire » dans lequel je me reconnais aussi.

L’histoire, dont chaque chapitre s’inspire d’un morceau de jazz, se déroule de textes-dialogues en parcours érotiques. On y trouve des passages très bruts, de la poésie, et des variations d’atmosphère très marquées. La musique y est un personnage. La présence de l’érotisme est plutôt Anaïs-ninienne, mais Boyon nous balance aussi dans le nez un bon paquet de sexualité moderne (webcam, sex-cult) et ça n’est pas pour déplaire à ce vieil obsédé de Martin Vern.

Au final, Boyon est à la fois très réaliste (particulièrement dans ses dialogues), et en même temps perdu dans un monde musical et rêveur. La combinaison des deux ne peut que me donner envie de la suite !


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Chroniques d’une humanité augmentée

Pascal Bléval aka Scalp Millième-Grenouille

1er juillet 2014

http://pascalbleval.wordpress.com/

Beam me up, Scalpy !

Scalp a une écriture classique et un style très proche de la SF des grandes années. En lisant plusieurs de ses travaux, celui-ci et d’autres, j’ai eu l’impression d’être replongé dans l’univers des Fictions, Galaxy ou Astounding de mon enfance. Pour moi, c’est un grand compliment parce que c’est là l’essence même de la SF, avec les plus grands auteurs de la planète, voire de cette moitié de la galaxie.

Ce qui est amusant, c’est que Scalp est en fait trop jeune pour avoir connu directement ces chefs-d’œuvres. Il a donc un truc qui lui a permis d’en recréer les ambiances, ou il dispose d’une machine à remonter dans les années 50, ou encore, comme il me l’a suggéré, il est immortel et il était déjà sur terre à l’époque.

(Après vérification, ce sont les anthologies « Présence du Futur » qui ont servi de machine temporelle en transportant ces nouvelles majeures jusqu’à nos jours – Pascal en est le continuateur.)

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Emma Bo, un remake

Martin Vern

Juin 2014

Mon premier (et peut-être dernier) roman.
Trois critiques que vous trouverez sur Babelio et Amazon :

Babelio :
http://www.babelio.com/livres/Vern-Emma-Bo-un-Remake/618066 (en bas de la page)

Amazon :
http://www.amazon.fr/Emma-Bo-Remake-Martin-Vern/dp/2352097584/ref=pd_sxp_f_pt (en bas de la page)


couv-vern

Manuel à l’usage de ceux qui veulent toutes se les taper, mais qui dans le fond sont des romantiques

Martin Vern

Juin 2014

L’inénarrable premier ouvrage de Martin Vern. Indispensable. À offrir à vos potes, absolument.  

Une excellente critique sur Amazon, même pas écrite par ma mère :
http://www.amazon.fr/Manuel-lusage-voudraient-toutes-taper/dp/2849331392  (en bas de la page)

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